De races millénaires à stars des temps modernes
Nous revenons aujourd'hui sur notre article consacré à la représentation des chiens du pays du soleil levant dans l’univers du divertissement.
Précédemment, nous avons vu que le Shiba Inu était le chouchou des japonais.
Mais en réalité, sa popularité dépasse largement les frontières de son pays d'origine, ceci suite à une alliance des plus improbables...
Le Shiba, icône d’Internet
En effet, aurions-nous pu imaginer, il y a près de 20 ans, que l'une des races de chiens les plus anciennes et encore méconnues au monde devienne l’égérie canine de la plus grosse révolution technologique de notre époque ?
C'est pourtant ce qu’a réussi à faire un canidé au destin incroyable.
Le Doge, chien(ne) culte de la toile
Vous avez sûrement dû voir cette image (plus ou moins modifiée) en surfant sur le Web :

© The Doge original picture, Atsuko Sato
Il s'agit du Doge, l’un des « memes » les plus célèbres d’Internet.
Ce détournement humoristique est si culte qu'il a inspiré la création du dogecoin, une crypto-monnaie capitalisant plus de 20 milliards d’euros.
Mais connaissez-vous l'histoire du chien (ou plutôt la chienne) qui se cache derrière le Doge ?
Un sauvetage avant tout
Tout commence en 2008 dans un refuge du Japon.
Une jeune Shiba vient d’être récupérée suite à la faillite d’un élevage canin. Suivant la législation en vigueur, elle est menacée de se faire euthanasier après la courte période où elle est proposée à l’adoption. Aussi, est-elle véritablement sauvée lorsque qu’Astuko Sato décide de la recueillir. L’employée de garderie lui donne alors le nom de «
Kabosu », en référence à sa tête ronde qui lui rappelle une variété locale de citron vert.
L’avènement du meme
En 2009, Mme Sato crée un blog afin de partager des photos de son quotidien avec Kabosu et ses chats. Ces scènes de vie publiées régulièrement commencent à attirer des visiteurs japonais, mais ce n’est qu’un an plus tard que le site connaîtra une véritable notoriété, lorsque sera mis en ligne le fameux cliché vu ci-dessus.
Les internautes tombent vite sous le charme de sa bouille perplexe et énigmatique, qui lui vaudra le surnom de « Mona Lisa du Web ». Dès lors, ils se mettent à faire des blagues en combinant l’image avec des phrases courtes, absurdes et colorées : le meme du Doge était né.
lI inonde rapidement la toile au-delà des frontières du Japon, jusqu’à devenir un véritable phénomène mondial décliné en millions de variantes.
Une fin de vie paisible
Malgré son immense succès sur Internet, Kabosu n’a jamais été chamboulée à cause de cette popularité virtuelle. C’est tout juste si la chienne participa à quelques évènements caritatifs où elle put rencontrer ses fans. Ainsi, elle continua de profiter d’une vie simple avant de s’en aller paisiblement sous les caresses de sa maîtresse, à l’âge vénérable de 18 ans.
Un premier coup de projecteur sur le Shiba Inu
Le Doge a inspiré de nombreux memes impliquant d’autres Shibas. Il aura surtout eu le mérite d’attirer l’attention du public sur cette race japonaise, qui était encore peu connue en Occident dans les années 2010... Contrairement à une autre, beaucoup plus imposante : l’Akita Inu.
L’Akita Inu, symbole de loyauté et fierté nationale
En effet, durant cette même période, le grand cousin du Shiba avait déjà commencé à conquérir le cœur de milliers de gens à travers le monde après s’être attiré l’admiration et le respect du peuple japonais 80 ans auparavant.
La raison de cet engouement ? Hachiko, un Akita Inu à l’origine de la plus belle (et la plus triste) des histoires de loyauté.
Hachiko, le plus célèbre des chiens japonais

Photo d’Hachiko attendant son maître devant la gare (1934) - © wikipedia
Une histoire vraie qui a bouleversé le Japon
Hachiko naît le 10 novembre 1923 à Ōdate, dans la préfecture d’Akita.
Il est adopté à l’âge d’un an par Hidesaburô Ueno avec qui il noue un lien très fort. Professeur à l’université de Tokyo, M. Ueno doit prendre le train chaque jour pour se rendre au travail, aussi son chien l’accompagne tous les matins, et le récupère tous les soirs à la gare de Shibuya. Cette routine durera seulement 15 mois avant que n’arrive le drame, en mai 1925.
Ce jour-là, comme tous les matins, Hachiko voit son maître partir sur le quai de la gare, mais le soir venu, il ne revient pas : le professeur est décédé lors d’une conférence. N’ayant pas compris la raison de cette absence, l’Akita ne cesse de revenir tous les jours attendre M. Ueno devant la gare, durant les 10 années suivantes de sa vie.
Sa loyauté indéfectible touche alors profondément les habitants du quartier, qui commencent à le nourrir et à rapporter son histoire.Un article paru le 4 octobre 1932 dans le journal Asahi shimbun émeut tout le pays et propulse la célébrité du « Chuken Hachiko » (chien fidèle Hachiko) sur le plan national. D’ailleurs, celui-ci aura des conséquences inespérées sur la préservation de la race Akita Inu ainsi que des 5 autres races natives de l’archipel, qui étaient alors au bord de l’extinction.
Monuments et hommages

Statue d’Hachiko, gare de Shibuya - © nick115, pixabay
Afin d’immortaliser sa légende une statue de bronze d’Hachiko est inaugurée en 1934, en présence du principal intéressé.
Un an plus tard, l’Akita devenu vieux s’éteint à son tour, en ayant toujours gardé l’espoir de retrouver son maître. Une véritable cérémonie d’enterrement s’en suivra, et sa dépouille ira rejoindre M. Ueno au cimetière d’Aoyama.
De nombreux autres monuments à la mémoire de ce chien exceptionnel seront érigés par la suite, notamment une seconde statue en 2004 sur son lieu de naissance, qui s’accompagnera de la création en 2019 d’un centre d’accueil touristique pour la promotion de la race, l’Akita Inu Visitor Center.
Une troisième statue sera également placée en 2015 à l’université de Tokyo, mettant en scène des retrouvailles touchantes entre Hachiko et le professeur.
À Shibuya, la ligne de Bus Hachiko se customise de son image tandis que la boutique de l’office de tourisme vend divers produits dérivés sous la marque « Shibuya Hachi », qui a aussi droit à sa série animée depuis peu...

De gauche à droite : Bus Hachiko - © Létroaza ; Affiche de l’anime Shibuya Hachi - © Shibuya Hachi
Côté divertissements, il existe de nombreux hommages, plus ou moins discrets, du célèbre Akita, par exemple :
- dans les mangas Nana, One Piece, GTO et L’Apprentie Geisha
- dans la BD Spirou à Tokyo
- dans les dessins animés Futurama et Scooby-Doo
- dans le jeu vidéo The World Ends With You.
Plusieurs livres ont aussi été édités, mais ce qui a fait la popularité internationale de cette histoire dès la fin des années 2000, c’est avant tout une adaptation cinématographique américaine. Il ne s’agit pourtant pas là du premier film sur le sujet...
Filmographie d’Hachiko
• Hachiko Monogatari (L’histoire d’Hachiko) - Réalisé en 1987 (VOSTFR)
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C’est l’adaptation la plus fidèle du récit d’Hachiko, bien que le film se soit permis quelques libertés scénaristiques pour ajouter davantage de drame.
• Hatchi - Réalisé en 2009 (VF)
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Il s’agit avant tout d’une revisite contemporaine de l’histoire, qui ne se passe plus au Japon mais aux États-Unis. Ce remake hollywoodien, avec l’acteur Richard Gere en tête d’affiche, aura un vif succès lors de sa diffusion à la télévision. Il permettra, de fait, la découverte de l’Akita Inu pour beaucoup d’entre nous.
Autres récits
Il existe quelques œuvres graphiques et audiovisuelles sur d’autres histoires d ‘Akita Inu. Elles sont peut-être moins connues, mais elles valent tout autant la peine qu’on s’y intéresse.
Films

Photo du véritable Wasao - © Wasao, Ajigasawa
- Wasao (en anglais sous-titré)
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Film basé sur la vie de Wasao, un Akita Inu blanc à poils longs considéré comme « moche-mais-mignon », qui après un abandon suivi de plusieurs années d’errance, sera finalement adopté par les habitants du village d'Ajigasawa. Suite au partage de son histoire en 2008 sur un blog, le chien devient un phénomène sur le Web, si bien qu’il est désigné comme chef de gare et ambassadeur du territoire en 2011.
- Hoshi Mamoru Inu (Le chien gardien d’étoiles)
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Adaptation récente d’un manga émouvant s’inspirant de l’histoire de fidélité d’Hachiko (voir synopsis ci-dessous).
Mangas et Animes
• Le chien gardien d’étoiles (1 seul tome, disponible en français)

© Takashi Murakami, Pika éditions
Ce manga commence de façon tragique. Le corps d’un homme est retrouvé dans une carcasse de voiture. À ses côtés se trouve celui d’un chien, décédé beaucoup plus récemment. Tandis qu’un assistant social essaie de comprendre comment les deux personnages ont pu en arriver là, nous découvrons le récit poignant d’une déchéance rapide et implacable, vue à travers le regard innocent de l’Akita, qui restera jusqu’au bout aux côtés de son « Papa », contrairement à sa propre famille.
- Wanwan Chūshingura / Doggie March (en anglais)
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Ce film d’animation, produit par le studio Tôei Animation, s’inspire de la légende japonaise des 47 Ronin, mais ici représentés par des chiens.
Un chiot Akita du nom de Rock vit paisiblement avec sa mère, Shiro, dans une forêt où elle assure la protection des animaux. Un jour, un renard lui tend un piège dans lequel elle se fait tuer par Killer, le tigre. Dès lors, Rock grandira avec la volonté de venger la mort de sa mère.
- Ginga Nagareboshin Gin / Silver Fang (21 épisodes en anglais sous-titré, adapté du manga éponyme)
Cliquez ici pour voir le générique
Cet anime de 21 épisodes, également produits par Tôei Animation, est l’adaptation du manga éponyme ayant connu un fort succès au Japon dans les années 80. Le récit met en scène un jeune Akita, appelé Gin, devant survivre dans une nature hostile. Il cherchera à s’allier à d’autres chiens afin de pouvoir vaincre Akakabuto, un ours redoutable qui a tué son père devant ses yeux. Cette série épique illustre des valeurs fortes comme l’amitié ou le courage, mais elle a surtout le mérite de représenter de nombreuses races canines, notamment des chiens japonais.
Les autres chiens japonais, entre mystère et publicité
Malheureusement, il n’y a que très peu de représentations des quatre autres races nippones dans la culture populaire, même au sein de leur pays d’origine. Néanmoins, nous avons pu dresser une courte liste (toujours non exhaustive) de références plus ou moins évidentes.
Mangas & Anime
- Kirihito (série de 4 tomes)

© Tezuka Production, éditions Delcourt
Ce thriller sombre d’Osamu Tezuka, pionnier dans l’univers du manga et de l’animation japonaise, raconte l’enquête d’un jeune médecin, Kirihito Osanai, qui se trouve confronté à une mystérieuse maladie mortelle qui transforme les habitants d’un village sur l’île de Shikoku en chiens. D’après eux, il s’agirait de l’œuvre de Monmô, semblable à Inugami, dieu-chien du folklore japonais. Vu le lieu, il est possible que les victimes de cet étrange virus se changent en... Shikoku Ken !
- Ken’en, comme chien et singe (série de 8 tomes)

© Fuetsudo x Ichimura Hitoshi, éditions Doki Doki
Dans un Japon médiéval peuplé de démons (Yokai), Mashira, un jeune kakuen (hybride maudit d’humain et de singe), exige une jeune fille en sacrifice à des villageois. Ces derniers engagent alors Hayate, traqueur de Yokai, qui n’est autre qu’un chien blanc doté de pouvoirs surnaturels. Bien qu’il n’y ait aucune mention de sa race, on peut affirmer qu’il s’agit d’un chien de chasse indigène, probablement un Kishu ou un Hokkaido ken.
• Wansa-kun / Little Wansa (26 épisodes)
Cliquez ici pour voir le générique
Conçu à la base comme mascotte pour la Sansa Bank, le chiot Wansa-kun est le héros d’une série animée produit par le studio d’Osamu Tezuka. On y suit ses aventures alors qu’il parcourt les rues de Tokyo pour retrouver sa mère. Il fera de nombreuses rencontres, dont celle d’un jeune garçon qui décidera de l’adopter, non sans mal. Sa race n’est pas spécifiée, mais d’après l’apparence, on pourrait penser qu’il s’agisse d’un Kishu Ken.
Publicité
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Lorsqu’une multinationale japonaise de la technologie et des télécommunications choisit un Hokkaido Ken comme mascotte, cela donne des publicités drôles et complètement déjantées ! Ainsi, leur campagne publicitaire se focalise autour d’une famille hors du commun dont le père, « Otosan », est un chien blanc de cette race qui vit plein d’aventures burlesques.
C’est la fin de cet article !
Nous espérons que vous l’avez apprécié malgré sa longueur (il y avait beaucoup à dire). Si vous connaissez d’autres œuvres sur le sujet, partagez-les nous en commentaires !