Club Français des Chiens Nordiques et des Spitz du Japon

AS - Adénite Sébacée

— Santé

Races concernées

L'Akita, le Samoyède.

Qu’est-ce que l'Adénite Sébacée ?

L’Adénite Sébacée est une dermatose peu fréquente chez le chien provoquant une inflammation des glandes sébacées, pouvant aller jusqu’à leur destruction totale. Les glandes sébacées sont de petits organes situés sous la peau. Leur rôle consiste à produire le sébum, une substance grasse permettant d'hydrater la peau et de la protéger des agressions extérieures. Leur destruction a donc pour conséquence un dessèchement de la peau et des poils.

Symptômes

Les premiers symptômes apparaissent en général entre 1 et 6 ans.

Les premiers signes sont visibles surtout au niveau de la ligne du dos, de la tête, des oreilles et/ou de la queue. Ils sont variables d’un individu à un autre, mais il est fréquent de constater une desquamation (la peau se met à peler), une peau noircie, des croûtes écailleuses et malodorantes pouvant aller jusqu’à dégager une odeur de rance ou de moisi, un pelage terne et sec, et parfois aussi des rougeurs.

En sus, le chien perd ses poils en quantité, si bien que des zones entières se retrouvent dégarnies voire totalement dépilées (alopécie).

Cependant, contrairement à beaucoup d'autres maladies de peau, l'adénite sébacée ne provoque pas elle-même de démangeaisons.

Diagnostic

En cas de suspicion, il est fortement conseillé de se rendre chez un vétérinaire dermatologue afin de ne pas retarder le diagnostic de votre chien et donc un retard de prise en charge.

Seule l’analyse histopathologique permet d’avoir une confirmation et proposer un traitement adapté. Le diagnostic se fait par biopsie cutanée. C’est un examen peu invasif et techniquement simple qui consiste à prélever un ou des petits fragments de peau selon l'endroit où se trouvent les lésions. Ces prélèvements sont sans danger et sont effectués avec un poinçon de quelques mm de diamètre sous anesthésie locale parfois associée à une sédation légère pour les chiens les plus sujets au stress. Il est utile de refermer la cicatrice avec un ou deux points de suture. La procédure peut se faire dans un bureau de consultation en respectant une asepsie rigoureuse.

Les prélèvements sont envoyés dans un laboratoire spécialisé et les fragments sont examinés au microscope après avoir subi différentes préparations. Les délais pour obtenir le résultat sont d'une dizaine de jours habituellement. 

Le pronostic vital n’est pas engagé, et il faut bien garder à l'esprit que ce n'est qu'une dermatose “esthétique”, non douloureuse pour le chien si celui-ci est traité convenablement, et sans conséquence organique chez l'animal. C'est pourquoi elle ne doit pas conduire à une euthanasie.

Plus la maladie est diagnostiquée et prise en charge tôt, meilleur est le pronostic. Les chiens à poil court présentent généralement une forme atténuée et le pronostic est meilleur pour ces animaux que pour les chiens à poil long.

Traitement

Actuellement, l'adénite sébacée ne se guérit pas : une fois les glandes sébacées détruites, il n'est plus possible de les restaurer.

Il existe différentes lignes de traitements en fonction de la sévérité des symptômes, le traitement va de la simple supplémentation en acides gras essentiels associée à des topiques (kératolytiques ou kératorégulateurs) au traitement systémique (corticoïdes, vitamine A...). La réponse aux traitements est par ailleurs très aléatoire, avec des phases de rémission spontanée possible.

Le traitement principal de l'adénite sébacée est symptomatique et repose sur l'utilisation régulière d'un ou plusieurs produits. Il peut s’agir notamment :

  • de pommades hydratantes ;
  • de diverses huiles, notamment l'huile d'olive (voir traitement Rampak) ;
  • d'émollients, qui ramollissent et relâchent les tissus ;
  • de shampoings kératomodulateurs, c'est-à-dire qui régulent la quantité de pellicules et/ou en facilitent l'élimination ;
  • un traitement Naturo remporte également grand succès auprès des propriétaires ;

L'objectif de ces produits est de réhydrater la peau pour d'éviter qu'elle ne s'assèche en se substituant au moins partiellement aux glandes sébacées défaillantes, ainsi que de faciliter l'élimination des squames et autres particules indésirables, d’atténuer les symptômes et éviter les complications. Ils doivent être appliqués directement sur les zones touchées. La fréquence dépend de l'atteinte et des substances utilisées, mais est généralement d'une à deux fois par semaine puis peut être espacée si la maladie est stabilisée. Le traitement devra se poursuivre tout au long de la vie du chien sauf si l'adénite sébacée se stabilise d'elle-même - ce qui est possible dans le cas de la forme légère.

Dans le cas où le traitement principal ne suffit pas pour soulager les symptômes et garder l'épiderme dans un état suffisamment bon, d'autres traitements ayant un rôle plus systémique doivent s'y ajouter : supplémentation en vitamine A ou acides gras essentiels, médicaments tels que des rétinoïdes ou de la ciclosporine, etc. Toutefois, ces substances sont assez chères, ont une efficacité variable selon les individus, et peuvent causer des effets secondaires (par exemple, donner trop de vitamine A à un chien risque de l'intoxiquer). Par conséquent, un traitement systémique est mis en place seulement si le traitement principal ne montre pas d'effets suffisants dans les semaines à mois qui suivent sa mise en place. Le vétérinaire choisit alors les produits et la posologie qui lui semblent les plus appropriés pour l'animal, puis les adapte si besoin en fonction des résultats obtenus après quelques semaines.

Ci-dessous, 3 photos d'un même chien avant l'apparition de l'AS, pendant (lors de sa plus grosse "crise") et après avoir mis en place une routine de soins

Causes

L'adénite sébacée est une maladie dite idiopathique, ce qui signifie que nous n'en connaissons pas la cause exacte. Si nous n’avons pas pour le moment de certitude quant aux raisons entourant l’apparition de de la maladie, quatres hypothèses sont privilégiées par les scientifiques :

  1. une anomalie génétique
  2.  une maladie auto-immune
  3. un trouble primaire de la kératinisation
  4. un trouble du métabolisme des lipides cutanés.

Elle pourrait même être un groupement de plusieurs de ces causes ; et cela expliquerait la diversité des âges de déclaration des premiers symptômes ainsi que les résultats plus ou moins concluants d’un même traitement selon les individus.

Toutefois, les éleveurs ayant pu attester de la présence de la maladie dans certaines lignées plus que dans d'autres, l’aspect génétique constituerait une partie hautement probable du problème. Il est supposé qu’un « effet de seuil » existe probablement, autrement dit, il faut additionner un certain nombre de gènes défavorables pour que la maladie s’exprime. De ce fait, tous les animaux porteurs n’expriment pas forcément la maladie. Cela explique que deux sujets indemnes cliniquement peuvent avoir des descendants touchés par l’adénite sébacée. Chacun des parents peut avoir en effet un certain nombre de gènes défavorables, en nombre insuffisant pour que la maladie s’exprime, mais la répartition des gènes peut donner un descendant pour lequel le seuil au-delà duquel la maladie s’exprime et le sujet est donc atteint. Il y a donc une difficulté certaine à l’éradiquer par la sélection génétique. 

Malheureusement, aucun test génétique probant ne permet aujourd’hui d’identifier et d’isoler le ou les gènes responsables, seule une surveillance des reproducteurs est donc à notre portée pour limiter le développement de la maladie. Alors, comment procéder ?

Recommandations

Quatres stades de lutte contre le développement de la maladie sont envisageables :

  1. retirer de la reproduction les sujets atteints, 
  2. retirer les sujets atteints et leurs parents (par définition porteurs sains de certains gènes),
  3. retirer les sujets atteints, leurs parents, et leurs descendants (par définition eux aussi porteurs sains de certains gènes),
  4. retirer les sujets atteints, leurs parents, leurs descendants, et leurs collatéraux (qui peuvent quant à eux être sains, porteurs sains de certains gènes, ou un jour développer l’Adénite Sébacée).

La quatrième éventualité, bien que radicale pour tenter d’éliminer la maladie, est uniquement à envisager dans le cas d’une affection très peu répandue, sinon l’effectif de race s’essoufflera rapidement et les taux de consanguinité augmenteront dangereusement. Qui plus est, l’Akita Inu que nous connaissons aujourd’hui n’est à la base issu que d’un panel d’une petite dizaine de chiens, il paraît donc compliqué d’éradiquer complètement la maladie de cette manière sauf à remonter à une lignée de souche non touchée -chose quasiment improbable en prenant en considération les taux de consanguinité de départs. 

À noter qu’une étude suggère la possibilité d’observer l’état des glandes sébacées d’un chien d’apparence extérieure saine ; si ces dernières présentent des lésions, il est alors possible d’anticiper une évolution défavorable dans les 3 années qui suivent.

Chacun choisira donc de mettre en place ce qui lui paraît le plus pertinent, le CFCNSJ quant à lui émet les recommandations suivantes : “l’éleveur s’interdit de reproduire le même accouplement lorsque, d’une portée précédente, seront nés un ou plusieurs chiens qui ont par la suite développé une maladie héréditaire grave.”

Dans l’attente de l’arrivée d’un test génétique concluant et pour préserver un minimum la diversité du sang, il paraît indispensable de : 

  • sortir de la reproduction les sujets atteints ;
  • ne pas marier entre eux des chiens qui ont eu dans leurs ascendants ou descendants des chiens atteints ;
  • comme cité ci-dessus, ne pas reproduire un mariage ayant donné un chien atteint.

Le CFCNSJ est preneur des résultats de biopsie de chiens atteints via le formulaire ci-dessous (ou en tête de l'article). La confidentialité est garantie, mais chaque éleveur est invité à garder en tête que la transparence (que ce soit envers nos collègues ou clients) restera notre plus grande alliée.

>> Envoyer le dépistage d'un chien atteint

Sources :

PARISOT, Magali. L'Adénite sébacée granulomateuse du chien: données actualisées. 2004. Thèse de doctorat.

DENIS, Bernard. Génétique et sélection chez le chien. (2016)

Pye C. (2021). Canine sebaceous adenitis. The Canadian veterinary journal = La revue veterinaire canadienne, 62(3), 293–296.

SIMPSON, Andrew et MCKAY, Lindsay. Sebaceous Adenitis in Dogs. Vetlearn, 2012, vol. 34, no 10, p. 1-3.

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